CLIP DE LA SEMAINE : PERFUME GENIUS – QUEEN

Perfume Genius, le prince queer de Seattle, is back avec un nouveau single accompagné d’une vidéo dont la réalisation a été confiée à Cody Critcheloe, figure emblématique du groupe SSION. Ça ressemble à un mauvais rêve mais c’est beau.  Nouvel album prévu en septembre.

 

Vendredi Merci Playlist #39

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Focus sur Rick Wade par Handless

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« Ah tu joues de la Deep ? »

Ça va bientôt faire 5 ans qu’on bouffe cet adjectif à toutes les sauces alors qu’au final le générique d’Ushuaïa, la pizza hamburger et le bruit de ton aspirateur méritent bien plus cette appellation que la moitié des mixes estampillés DEEP. Du sample ethno sorti tout droit des compilations « bien être » Oxfam, à la ligne de clavier néo trance on-ne-peut-plus-chiante assimilée à un courant d’air dans une forêt, tout le monde a voulu croquer une part du gâteau et profiter de ce revival. Chacun voit midi à sa porte, l’herbe du voisin et le rapport contenu-contenant s’entrelacent avec les goûts et les couleurs, le tout dans un foutu bordel manquant cruellement de relief. Bref, ce drive-by hospitalier ( à ce niveau ce n’est même plus tirer sur l’ambulance… ) me permet d’introduire Rick « I’m all about the groove » Wade comme un élément de compréhension clé pour cette appellation non contrôlée, dénaturée voire sincèrement offensée.

L’homme que l’on surnomme Big Daddy a grandi dans le Michigan, on pourrait facilement affirmer que cet état est à la musique électronique telle qu’on la connait aujourd’hui, ce que le Nevada est aux jeux d’argent, un sacré vivier (les dream catchers en moins, certes). Fasciné par la Early House et la Vintage Disco distillées par des radios made in Chi-Town telles que Hotmix 5, c’est après ses études que le jeune Rick s’installe à Détroit. C’est avec l’aide d’un certain Mike Huckaby, la rencontre d’un Théo ou d’un Daniel Bell qu’il façonne sa signature, son propre son, une mise en valeur exacerbée du Groove. La fameuse boucle made in THE D.

Forgotten track

La chaleur, l’imperfection, la prise de partie en assumant le sampling Soul, Jazz et Disco en toute intégrité, corrélée à la mise en avant de la machine par rapport à l’individu, valeur omniprésente de la Motor City.

Dr low tech – night stalker

Résultat ? Une nostalgie palpable, une énergie distillée avec finesse et une certaine retenue émotionnelle face à la chaleur du sample et la transcendance du man versus machine.
Je m’emballe un peu là, mais dans une cité où la Techno était à l’époque reine, Rick a réussi à sculpter une vision de la House s’inscrivant aujourd’hui comme un étalon international de valeur.

I can feel it

Les pressages originaux de son label s’arrachent à des prix fous ce qui fait sourire

Rick, qui n’avait aucune idée de l’impact de ses productions à l’époque. En 2009, les amstellodamois de Rush Hour décident de rééditer une partie du catalogue sous une compilation essentielle : Harmony Park Revisited. Ils ont le nez fin ces hollandais et pas uniquement pour le hareng cru et leur mayo sucrée.

Angy Pimp

Big Daddy Rick définit lui-même son son comme des « deep delights for grown folks ». Dj avant tout, il est aussi un grand amateur de Bass Music. On lui doit d’ailleurs la première combinaison Disco & Electro Bass Music sur le label Databass en 1995. Voici ce qu’il a pu faire au côté de DJ Godfather avec le titre évocateur et original « fuck bitch » (assurément une histoire de folklore…)

Big daddy rick & dj godfather – fuck bitch.

À l’instar de ses compères émergents du 313, Rick a toujours été présent sur des labels européens comme Yore, Hizou, Holic Trax, Laid ou encore Big Bait plus récemment, traduisant un immense respect de la scène mondiale pour 20 années d’activisme au service de la Deep Music. Encore un doute ? Voici son summer anthem aux cordes langoureuses, tiré de l’EP Redifining Deep sorti en février de cette année..

Cruising Altitude https://www.youtube.com/watch?v=KxEUgyQiL9Q

http://www.mixmag.net/music/mix-of-the-week/mix-of-the-week-rick-wade

et un pour les plus assidus une interview audio touchante, réalisée en avril dernier au festival Electron de Genève :

http://www.residentadvisor.net/podcast-episode.aspx?exchange=196.

Handless DJ

Focus sur Maurice Fulton par Crame

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Maurice Fulton, venu de Baltimore, posey à Sheffield, a passé sa vie à étudier les Saintes Ecritures – l’Ancien Testament disco, jazz, funk, le Nouveau Testament house, électro. Il a vu le Groove comme d’autres ont vu la Vierge.

Voici quelques titres de lui que j’ai passionnément aimé jouer, du plus récent au plus ancien.

Syclops – Jump Bugs

2013
Si un jour vous pensez être la personne la plus cool et la plus déchaînée de tous les dancefloors du monde, alors que la musique, c’est juste quelques percus, pas de ligne de basse, pas de fioriture, voire un bruit bizarre qui tape sur le système, pas besoin de Shazam : c’est signé Syclops, l’un des projets de Père Fulton.

Simian Mobile Disco ft Beth Ditto – Cruel Intentions (Maurice Fulton remix)

2010
Nos années Beth Ditto, avec le supplément de funk Saint Maurice qu’elle mérite.

Alice Smith – Love Endeavour (Maurice Fulton remix)

2006
Une période où beaucoup de monde faisait de l’espèce de disco, mais personne vraiment aussi bien que Maurice Fulton. Juste ce qu’il faut de claps, de soul, d’émotion et d’effets pour nous toucher au coeur sans en avoir l’air. Une conception admirable de ce qu’est l’essentiel.

MU – Paris Hilton

2004
MU est un projet créé par Maurice Fulton et son épouse nippone. Et cette ode à Paris Hilton est ce que l’électro-clash a produit de meilleur, de plus foufou, de plus brillamment cheapos-mais-en-fait-pas-du-tout, de plus jouissif.

Maurice Fulton, c’est bien plus encore, mais dans les années 90, je n’étais pas là. Voici un article pour aller plus loin.

Crame

Vendredi Merci Playlist #38

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CLIP DE LA SEMAINE : PARA ONE – YOU TOO

Vendredi Merci Playlist #37

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Clip de la semaine : Sans Sebastien – Sous Ma Jupe (exclu !)

Retrouvez Sans Sebastien aux Souffleurs en DJ set ce jeudi.

Vendredi Merci Playlist #36

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Expos Mapplethorpe par Vincent Simon

Robert Mapplethorpe : un chant d’amour

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Il aura fallu 14 ans pour que les institutions muséales françaises consacrent une grande exposition à Robert Mapplethorpe (au Grand Palais jusqu’au 13 juillet), doublée d’un face à face Mapplethorpe – Rodin au Musée Rodin (jusqu’au 21 septembre). Auparavant seul le centre Pompidou lui avait consacré une petite expo dans le cadre de son mois de la photo en 1984. Pourquoi un tel retard ? Il semble que Robert Mapplethorpe soit trop gay pour la France.

Le sexe, vécu et exposé, fait Mapplethorpe gay, l’identifie comme tel et met en échec les tentatives de l’hétérosexualiser – malgré les efforts fournis par les institutions françaises, spécialement le Musée Rodin. Par la représentation sexuelle, que ces institutions entourent de mille précautions, avertissements, rideaux, écrits, pour le mettre à distance, Mapplethorpe dit aux straights « Je ne suis pas comme vous ». Il dit aussi aux gays, du moins ceux qui veulent bien l’entendre (et le voir), « Nous sommes les mêmes et notre désir est beau et légitime puisqu’il accède à la représentation ». Cela se dit d’abord en exhibant des bites, aimées et magnifiées dans le regard commun, et non dans l’espace réservé de la pornographie. Comment a-t-il pu photographier autant de bites sans jamais faire une image pornographique ? Sans doute parce qu’il photographie la bite comme un totem. Seul Jean Genet, avec son Chant d’amour (1950), avait su parvenir à ce sommet : produire des images ultra sexuelles et « out » quant à leur désir, et qui parviennent à une forme d’universalité en consacrant leur objet. La représentation sexuelle est omniprésente chez Mapplethorpe – les bites, le cuir, les bracelets de force, les jockstraps, l’urine, les poings fermés – et force le regardeur à reconnaitre son désir. Impossible de faire comme s’il n’était pas gay, comme s’il n’aimait pas les hommes. Même chez Lisa Lyon, championne de bodybuilding, c’est la virilisation du corps féminin qui le fascine. Ceux qui préféreraient que ce désir se taise sont forcés de le reconnaître ou bien protestent, l’accusent de pornographie (comme lors de l’affaire autour de l’exposition « The Perfect Moment », en 1990, qui occasionna un procès opposant partisans et défenseurs de l’artiste) ; ceux qui reçoivent l’œuvre dans la complicité d’un désir partagé perçoivent ce sexe à côté et au même niveau que tous les autres objets. La dualité chez Mapplethorpe n’est pas entre ombre et lumière, mais dans une double présentation de l’œuvre. Aux yeux des uns elle se partage en underground/overground, downtown/uptown, ésotérique/exotérique. Au Grand Palais un double autoportrait de 1977, la main de l’artiste écrivant, gant de cuir et bracelet clouté d’un côté, montre bracelet et chemise rayée de l’autre, met en scène ce partage qui peut épater et flatter les non-initiés, aux yeux desquels Mapplethorpe jouait le bad boy. Mais pour les initiés les photographies, par leur mise en scène toujours égale, mettent à plat et égalisent toutes les passions dans un même chant d’amour, où les oppositions se transforment en « double entendre », ajoutant à la jouissance esthétique celle du rire (dans certaines photographies de fleurs grossièrement sexualisées) ou de la reconnaissance d’une complicité. La vision du double autoportrait peut se retourner comme un gant et les partages mis en scène par Mapplethorpe faire l’objet d’une contamination quand, par exemple, le costume de ville paraît tout autant fétiche sexuel que l’attirail SM (n’a-t-il pas cette fonction dans le célèbre Man in Polyester Suit de 1981 ?).

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Un mot revient souvent dans les textes présentant le travail de Robert Mapplethorpe dans le cadre des deux expositions parisiennes : sombre. Il est là pour désigner sa sexualité, son désir, ses pratiques, sa culture sexuelle. Ce terme fait de Mapplethorpe le représentant d’une homosexualité noire, attirée par le mal, habitée par la violence, la souffrance, la faute, la culpabilité et, pour finir, la maladie et la mort. Mapplethorpe est un mauvais sujet à la sexualité excessive et dépravée contrastant avec le raffinement et la sophistication – tenus pour des signes de haute civilisation – de son œuvre exotérique. Mapplethorpe a vécu selon cette dualité et les deux expositions n’ont de cesse de rappeler que son ombre a fini par contaminer et engloutir sa lumière, son désir le conduisant à la maladie et à la mort. Le Musée Rodin fait preuve d’une grossièreté et d’une bêtise rares en concluant son exposition, dont tout le parcours propose une approche formaliste et abstraite de l’œuvre, par une photo de chrysanthème et un ultime autoportrait de Mapplethorpe exhibant son épuisement. Mais dans l’autoportrait à la tête de mort (1988), qui ouvre l’exposition du Grand Palais, Mapplethorpe se met-il en scène comme malade du SIDA ? Cette lecture, qui semble faire autorité, témoigne surtout du malaise d’un regardeur qui, pour se rassurer, rejette et enferme le malade dans sa maladie, le constituant comme totalement autre. Mapplethorpe passe ainsi d’une identité de « pédé SM » à celle de « malade du SIDA », « (…) par-delà la mort, encore (un peu) vivant ». Cette dernière formule – tout aussi bête qu’insultante pour les personnes vivant avec le VIH – que l’on doit au commissaire de l’exposition, Jérôme Neutres, en dit long sur sa réaction de rejet. Le vieillissement du visage de Mapplethorpe, qu’on peut observer dès le début des années 1980, me semble être autant la marque de la maladie que celle d’une perte de l’innocence, chez un homme qui ne vivait pas une sexualité sombre mais dure, et dont le regard porte la marque de bien d’autres épreuves et inquiétudes que celles de la maladie.

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Ce que les expositions parisiennes ne montrent pas, sans doute parce qu’elles sont faites sans amour pour Mapplethorpe, c’est qu’en 20 ans, le jeune homme qui, avec une candeur et une ferveur adolescentes,  fabriquait des boîtes et des autels, assemblait des scrapbooks, des bijoux et des cartes de Saint Valentin, faisait des photographies à la douceur rêveuse héritée de Peter Hujar était devenu un homme adulte aguerri, sexuellement et professionnellement. Au fil de ses 20 années de production, le travail de Mapplethorpe s’est progressivement durci, raffiné, poli. Il est devenu de plus en plus professionnel et maîtrisé, jusqu’à l’adhésion totale à l’idéal plastique des années 1980. Lors de sa dernière année de production, Mapplethorpe a photographié beaucoup de sculptures. Je l’imagine las de rechercher la perfection dans des corps vivant et défaillant, se tournant vers le marbre qui offre l’image d’une perfection et d’un charme qui semblent éternels. Il en fait des photos remarquables, captant la sensualité du marbre ou la précision des expressions que le sculpteur a données aux statues.

L’œuvre de Robert Mapplethorpe embrasse tout de sa vie – son histoire familiale, ses passions artistiques et sexuelles, ses nuits et ses jours, son ambition professionnelle, ses inquiétudes, sa souffrance. S’il affirmait que dans sa photographie tout était égal, c’est qu’il savait que dans la vie tout se mélange et que, selon les circonstances, on se compose de multiples visages et attitudes. C’est un jeu à la fois léger et sérieux. Pour toutes ces raisons il fait toujours de l’effet : il est toujours soumis à la censure ; et je l’aime toujours passionnément.

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Conseils pratiques : aller voir l’exposition du Grand Palais qui présente une grande sélection d’œuvres magnifiques ; éviter le Musée Rodin, qui présente une mauvaise sélection, sauf si l’on veut voir les Rodins qui, eux, sont splendides (mais c’est une autre histoire).

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Proposition pour une bande-son de l’exposition.

Légendes et crédits photo :

.1 et .2 : Pictures/Self Portrait, 1977

.3 : Man in Polyester Suit, 1980

.4 : Patrice, 1977

.5 : Self portrait, 1983

.6 : Self Portrait, 1988

.7 : Cookie Muller, 1978

.8 : Self Portrait, 1980

Photos © Robert Mapplethorpe Foundation, used by permission.